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Eux & Nous Par Ousmane SENE
«We are first in…» - L'Inde est-elle en train de s'approprier cette affirmation forte ?
24/01/2018 | 09H35 GMT
 
En 1977-78, nous étions un groupe de jeunes étudiants du département d'anglais de l'UCAD envoyés dans divers lycées et collèges (upper schools, grammar schools etc...) aux quatre coins de la Grande Bretagne pour y servir comme french assistants (assistants de français). Je garde toujours, dans ce cadre, un souvenir vivace de mon séjour à Derby et surtout des journaux que je lisais et qui, régulièrement, pour illustrer l'air du temps et s'apitoyer sur ou se moquer du sort peu enviable des immigrants asiatiques montraient des caricatures d'indo-pakistanais faméliques assis en tailleur (ou en Bouddha) sur un bout de carton avec comme légende "I am a Paki" ou "I am a fakir". Bref, l'image de l'Indien ou du Pakistanais obligé de mendier au bord de la rue et sous le froid et la brume britanniques pour assurer sa survie.
 
Aujourd’hui les Indiens semblent prendre leur revanche sur l’histoire et déclarent haut et fort - non pas au futur mais bien au présent de l’indicatif - “we are first in computer technology, in textile” etc....En d’autres termes, ces Hindus adeptes des baignades dans le fleuve Gange pour laver leurs péchés éventuels, en synergie avec leurs compatriotes musulmans et d’autres confessions religieuses, sont en train de changer la donne et d’assigner un autre propriétaire à l’expression ou au slogan “we are  first in...” En effet, nous étions habitués, en visitant les Etats Unis, à entendre nos chers amis américains affirmer leur suprématie absolue dans tous les domaines face aux autres pays de la planète: de la conquête de l’espace à l’athlétisme, en passant par les merveilles technologiques de la Silicon Valley sans oublier Hollywood et encore moins CNN ou CBS ou Harvard, West Point et Yale, ce sont les Etats Unis qui jusque-là pouvaient dire avec l’assurance que donne la légitimité “we are the first”(“nous sommes les premiers”)
 
Or ne voilà-t-il pas qu’en 2018, les économistes prédisent qu’en matière de PIB, l’Inde va passer devant l’ancienne puissance coloniale, à savoir la Grande Bretagne, et sa voisine la France et qu’il y a juste moins d’une semaine à Delhi et dans le cadre d’une grande conférence internationale, un chevalier d’industrie d’envergure nationale et internationale a déclaré devant toute l’assistance, urbi et orbi, qu’en matière d’informatique et de toutes ses applications possibles, l’Inde dame désormais le pion à tous les pays du monde entier y compris à la superpuissance de la Silicon Valley, c’est-à-dire les Etats Unis d’Amérique!. Assis à la même table lors de ce panel un autre industriel indien nous fait savoir que son véritable ennemi et adversaire n’est rien d’autre que le billet de banque, comprenez par là qu’avec les applications déjà mises au point, les transactions monétaires ne devraient plus se faire sur la base d’échange de billets de banque ou d’utilisation de cartes de crédit mais juste avec un téléphone portable. Déjà le prix d’un smartphone y est particulièrement bas pour être à la portée des moins nantis. Du moins pour certaines marques. Grâce à cette même technologie informatique adaptée à la sociologie du pays (analphabétisme, pauvreté) le milliard et plus d’Indiens ont pu être recensés et bénéficier d’une carte d’identité biométrique en l’espace de deux ans. Nous avons dit une population d’un milliard trois cent cinquante trois millions neuf cent soixante quatorze mille âmes! Les Indiens ne sont certainement pas d’avis que les familles nombreuses freinent le développement, pour faire un clin d’œil ironique à cet homme d’état européen se désolant de l’impossible développement de l’Afrique du fait des taux de naissances élevés sur ce continent.
 
L’Inde est aussi très active sur d’autres priorités de développement et de durabilité car, comme l’a si bien dit le Premier Ministre Israélien Benyamin Netanyahu, en ouvrant cette conférence internationale annuelle dénommée Raisina Dialogue et qui a regroupé pour la troisième fois cette année des sommités mondiales dans tous les secteurs, la survie et la viabilité d’un pays repose sur un triptyque: puissance militaire, puissance économique et influence politique (vous remarquerez que le PM Israélien met la puissance militaire avant celle économique alors que l’économique devrait être le facteur susceptible de garantir une suprématie militaire encore que la Corée du Nord connait la famine tout en défiant les Etats Unis sur le plan militaire). En effet, depuis Jeudi 18 Janvier 2018, l’Inde a lancé avec succès son missile balistique intercontinental Agni-V(ICBM) avec une portée de plus de 5.000 kilomètres, donc capable de toucher le territoire chinois par exemple.
 
Au-delà de l’atout que semble être sa population nombreuse pour favoriser son développement rapide et son surclassement des grandes puissances classiques, l’Inde a aussi pu compter sur au moins trois autres facteurs.
D’abord la plupart des observateurs reconnaissent qu’en l’espace de trois ans le Premier Ministre Narendra Modi a mis en œuvre des reformes fiscales hardies et mené une lutte sans répit contre la corruption, ouvrant ainsi son pays à des investissements étrangers massifs.
 
Ensuite, la bosse informatique a toujours caractérisé l’Inde avec des milliers d’ingénieurs indiens travaillant dans les grandes corporations spécialistes de ce secteur aux Etats Unis, en Allemagne, en Grande Bretagne etc......
 
Cette Diaspora a, dans beaucoup de cas, fait preuve de patriotisme en quittant des niches comme la Silicon Valley pour venir mettre leur savoir-faire à la disposition de leur pays. Ne l’oublions pas le patriotisme fait partie des conditions premières qui ont favorisé l’émergence des Brics (Inde, Afrique du Sud, Chine, Brésil)
 
Ces transformations et transition en cours ou à venir à l’échelle du globe ont été bien cernées dans le cadre de cette conférence Raisina Dialogue qui s’est déroulée à Delhi du 16 au 18 janvier sur ce thème bien révélateur : « Managing Disruptive Transitions : Ideas, Institutions and Idioms ».
 
L’inde et l’Asie prennent donc les devants car l’heure de ce continent semble bien avoir sonné : le Japon avait bien pris son élan dès le lendemain de la deuxième guerre mondiale. La Chine, depuis quelques années, confirme la prédiction d’Alain Peyrefitte dans son ouvrage Quand la Chine se réveillera, le monde tremblera (Editions Fayard, 1973). Les deux Corées (la très riche au Sud et la super-armée au Nord) semblent prendre langue à en juger par leur volonté de défiler aux prochains Jeux Olympiques sous une bannière commune. La réunion des deux pays ne semble pas impossible et la nouvelle entité serait une superpuissance économico-militaire de taille. Pendant ce temps, l’Inde continue de tisser son textile… mais aussi sa toile sur l’échiquier technologique, économique, politique et militaire mondial.
 
Pour autant bien du chemin reste à parcourir car les signes de la pauvreté restent toujours visibles à Delhi et dans d’autres agglomérations car même aux abords de la très chic Diplomatic Enclave de la capitale on peut voir des gens se soulager en pleine rue au vu et au su de tout le monde. Mais il semble que ce chemin sera rapidement couvert car le discours de nos amis indiens lors de cette conférence Raisina Dialogue était vigoureux et plein de conviction et de détermination. En avant donc le pays de Mahatma Gandhi et que l’Afrique vous accompagne ou suive de très prés vos pas. Il suffit pour cela que les Africains fassent d’abord jouer une condition de l’émergence que nous pouvons tous et toutes nous offrir sans bourse délier: la fibre patriotique et la fierté conséquente de hisser son pays au rang de primus inter pares (au premier rang).
 
Ousmane SENE
Directeur West African Research Center (WARC)
 
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