| AU CŒUR DE LA CAMPAGNE - Par Ibou FALL |
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| Youssou Ndour, le gendre idéal devenu opposant énervé |
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| Publié le 13/02/2012 | 03H16 GMT |
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| Youssou Ndour a-t-il un meilleur choix en cette année 2012 que de se présenter à l’élection présidentielle contre Wade que la communauté internationale observe avec un agacement certain ? Son agacement exubérant dans les rangs de l’opposition a de quoi laisser perplexe… Le paradoxe de son combat contre l’establishment est qu’il dénonce un système qui a fait sa gloire et sa fortune : les insurmontables inégalités, la faillite de l’éducation et la pauvreté chronique ne sont-elles pas le ferment de l’idolâtrie de ses ouailles… |
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Même si les distinctions à l’international se multiplient avec une ultime consécration aux Grammy Awards et une citation parmi les cent personnalités les plus influentes du Globe, depuis quelques années, le royaume de Youssou Ndour prend eau. Les épisodes rocambolesques de la création de sa télé en sont la parfaite illustration.
Signe des temps, en 2010, lors du cinquantenaire de l’indépendance du Sénégal, Wade le zappe. Il échappe de peu à une humiliation supplémentaire la même année au Festival mondial des Arts nègres où son contrat est parmi les derniers à être signés. L’attraction de ce rendez-vous planétaire est …Akon, dont la fortune est alors estimée à cinq cents milliards Cfa. C’est à lui que revient l’honneur de clôturer les concerts en se roulant en ballon par-dessus un public en délire. Déjà, l’année précédente, lorsqu’il faut un tour de table pour Sénégal Airlines, c’est Akon qu’on appelle qui fait alors figure de porte-étendard du Sénégal conquérant… Et puis, surtout, crime de lèse-majesté supplémentaire, il y a ces rappeurs hirsutes qui réveillent le Sénégal avec un cri de guerre aux antipodes de la dernière chanson d’amour en vogue, «Salagne-salagne» : le succès du mouvement «Y’en a marre» ne sonne pas seulement le glas des acteurs politiques de l’alternance…
Le nouveau type de Sénégalais qui surgit des entrailles de cette populace clame son exaspération vis-à-vis de cette société insouciante, toute à son seul plaisir, dont le roi du mbalakh est un des piliers. Fou Malade le rappelle sèchement à l’ordre le 19 mars 2011 lorsqu’ils appellent au rassemblement sur la Place de l’Indépendance, alors que Youssou Ndour fait mine d’organiser un hommage à Ndongo Lô en banlieue le même jour.
Assurément, le vent tourne dans une direction qui ne sent pas bon pour Youssou Ndour : dans le viseur des Wade, il se fait déborder par les rappeurs qui prennent en charge les revendications des Sénégalais mécontents. In extrémis, il sauve sa peau et revient au-devant de la scène par une pirouette un rien casse-cou : poser sa candidature à la présidentielle. Il ne remerciera jamais assez le Conseil constitutionnel qui, en le renvoyant à ses études, lui fait épargner une p’tite fortune et lui évite une déroute humiliante après l’avoir posé en martyr d’un régime devenu impopulaire. Sa bonne …étoile n’en finit décidément pas de le couver depuis plus de cinquante ans.
En ce 1er octobre 1959, les anges que le bon Dieu délègue au baptême de Youssou Ndour en pleine Médina sont particulièrement consciencieux : le chapelet de vœux pieux est religieusement consigné et présenté au paraphe divin qui signe en confiance, les yeux fermés…
Le gringalet de la Médina peut s’estimer heureux de survivre dans ce fief des «rude boys» qui ne respire que par ses faits divers. Dans cette concession de griots, c’est quand les «guéers» sont repus que l’on va au marché comme à la pêche miraculeuse. Ici, les soucis du quotidien sont bien plus urgents que les plans de carrière des garnements qui grenouillent dans les ruelles alentours. Il sera conduit à l’école par acquis de conscience. Il ne doit pas faire une tête de premier de la classe quand il ramène ses bulletins à la maison, trimestre après trimestre. D’ailleurs, qui s’en soucie ? Personne n’y arbore des airs de futur Nobel des sciences…
Les débats passionnés qui secouent alors les environs : t’es de quel côté ? Senghor ou Mamadou Dia ? Tailleur ou menuisier ? Vieux Sing Faye ou Doudou Ndiaye Rose ? Mbaye Guèye ou Robert Diouf ? Jaraaf ou Jeanne d’Arc ? Laye Mboup ou Laba Sosseh ? Star Band ou Baobab ? Youssou ira au Star band en rêvant du Baobab…
A l’époque, les musiciens se suffisent de la bande de groupies qui s’agglutinent à leur suite après chaque concert. L’habitude la plus répandue est de se partager les recettes séance tenante, après avoir soustrait les frais de bar. Les quelques marginaux qui pensent faire carrière dans la musique font pitié à voir… Youssou Ndour détonne dans ce décor décadent : artiste, certes, mais surtout chef d’entreprise. Le destin s’en mêle : une célébrité mondiale, Peter Gabriel, le prend sous son aile protectrice et l’accompagne dans ses premiers pas dans le grand monde de la world music dont il reste encore aujourd’hui l’une des icônes. Il apporte à la profession l’estime de la société bien pensante et porte toute la corporation jusqu’au sommet de la hiérarchie sociale. Il est surtout le fer de lance de l’impérialisme culturel wolof qui envahit le Sénégal depuis que Senghor, le Sérère catholique n’est plus aux affaires.
Youssou Ndour est la version grand public des piliers de ce système qui déroute les élites locales. Les incontournables qui s’emparent des micros et du petit écran de l’Orts, imposent leurs goûts et leurs coutumes : El Hadj Mansour Mbaye, Ablaye Nar Samb, Assane Marokhaya Samb, Amadou Ndiaye Samb… Le foot, la lutte, les courses hippiques écrasent tout sur leur passage. Un Sénégalais sans son sabador le vendredi n’en est plus vraiment un. Le dernier chic est d’avoir ses entrées à Tivaouane ou Touba. La société des revanchards étale sa «téranga» à la face du monde. Ça foule aux pieds avec insolence toutes les règles de bienséance, et les lois qui vont avec : le mouton de tabaski fait monter les enchères tous les ans, et la moindre cérémonie familiale permet d’occuper la voie publique et jeter impunément l’argent par la fenêtre, ou plutôt dans les poches des encenseurs qui prennent en otage l’opinion, font et défont les réputations.
Le roi You, qui domine de la tête et des cordes vocales les autres stars locales, veut bien se poser en leader, mais faut pas pousser. Il ne se prononce sur rien, se barricade derrière une obligation de réserve bien pratique : aucune position politique, son appartenance à une confrérie est un mystère, ses épousailles un secret d’Etat. Tout juste s’il consacre un tube à la saleté qui envahit Dakar, ou s’étonne des coupures d’électricité sans vraiment savoir qui de Mademba Sock ou du Dg de la Sénélec doit être pendu haut et court… Dans ce registre, il prend ses marques à l’international : à la suite d’Abdou Diouf qui dénonce l’Apartheid, il soutient Mandela. C’est d’un chic…
Le président Sénégalais d’alors l’a à la bonne, c’est certain. Leur rupture intervient en 1993, alors que le candidat Diouf cherche le soutien d’artistes populaires qui lui doivent bien quelques menus services. Youssou se défile. Ah, l’imparable obligation de réserve… Sa carrière vaut bien ce sacrifice.
En 1996, lorsque Youssou Ndour étrenne son premier disque d’or, il est accueilli par des fans en délire. Son fan’s club revendique cent mille membres. Il est leur gourou. Dans la foulée, il investit dans la presse, aux côtés de Baba Tandian, Cheikh Tall Dioum et Bara Tall. Ils sont les derniers golden boys que la jet set jalouse. Leur réussite a quelque chose d’insolent. Le groupe de presse qu’il crée avec ses deux compères, Com 7, les propulse en 2000 dans les cercles des décideurs les plus courus de la République. Le président Wade que la réussite fascine, le courtise assidûment et l’exhibe avec lui dans son tour du monde. Le p’tit analphabète de la Médina devient le privilégié que les soubresauts de la République jettent au cœur des scandales. Se coupe-t-il des réalités ? Ses frasques se multiplient et son mbalakh est un sempiternel hymne aux épicuriens, pour la plupart les nouveaux riches de l’alternance qui ne se privent de rien, pendant que la déception gagne de plus en plus de Sénégalais.
C’est clair, Youssou choisit son camp : il est wadiste et mouride. En gage, il crée même une chanson à la gloire du sopiste en chef à New York, lors d’une énième distinction. Ils multiplieront les petites attentions réciproques qui font les grandes amitiés jusqu’au clash avec Karim Wade, qui le traîne en justice pour diffamation et révèle au passage quelques secrets sulfureux jusque-là bien gardés. Ah, si Karim n’existait pas…
IBOU FALL |
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